Air condition / Klara Beck / Kamil Kuskowski

Air Condition, exposition de Klara BECK (photographie) & Kamil KUSKOWSKI (peinture, installations) autour d’une problématique écologique : le réchauffement climatique.
Du 30 mai au 30 juin 2008 au Château Ujazdowski, Varsovie.

Projet soutenu par la DRAC Alsace, la Ville de Strasbourg et le Château Ujazdowski.

«  »Au zoo” s’inscrit dans un ensemble appelé “Ici et les autres”. Ces travaux parlent de l’écart entre l’homme et le monde et l’observent chercher sa place dans la ville et dans la nature. Ce monde qui l’entoure est considéré à la fois horizontalement, comme espace géographique fait de nature sauvage et d’espaces domestiqués, et verticalement dans sa continuité historique de mémoires accumulées. Ainsi je ressens comme une oscillation entre un retour à la nature, qui  nous ramène à la vulnérabilité de notre condition humaine, et à l’opposé, un désir presque forcené d’une inscription dans des villes conçues de moins en moins à échelle humaine et qui nous enivre d’immortalité. La rencontre – collision – avec l’un comme avec l’autre univers se produit rarement en douceur. Elle ressemble plutôt à une météorite entrant avec un fracas étouffé dans l’atmosphère. Ainsi, dans ce léger malaise, le point de contact me semble presque toujours glissant, en léger décalage, comme une interrogation posée sur une certitude.

“Au zoo”, ouvre la possibilité d’une rencontre dans la ville avec une nature “sauvage”. Il y a de la nature dans les villes, de la “nature-de-ville” ; des animaux domestiques, de la végétation urbaine, ainsi qu’une faune urbaine sauvage. Toute cette nature est liée à son environnement.  Elle s’inscrit et interfère dans notre quotidien, elle prend sa place dans le monde urbanisé, appartient à notre système. Le zoo, c’est tout autre chose; c’est le paradoxe d’une rencontre au coeur de la ville avec une  nature “sauvage, non domesticable” qui y est à la fois protégée et dénaturée. Mais on constate vite que cette nature n’a de sauvage que le souvenir, et bientôt ce sera le mythe; elle n’est désormais ni sauvage, ni domestiquée.  C’est donc une bien curieuse chose qu’un zoo, nous offrant un contact avec une nature si éloignée de tout ce qui est naturel qu’elle apparaît aussi anachronique qu’un dinosaure.

Ainsi, je vois le zoo comme un espace magique n’appartenant ni au monde  sauvage, ni au monde domestique; à cheval entre réel et imaginaire, un monde suspendu entre présent et passé où le temps n’a plus prise , où la géographie initiale est abolie et reconstruite nous offrant une prise déstabilisante avec la nature. Lieu créé pour comprendre et conserver, apprendre et préserver, le zoo propose la plus grande proximité du plus lointain, du plus inaccessible, la contemporanéité  d’une vie, d’un  monde qui n’existent parfois déjà plus. Il participe au projet  encyclopédique des hommes et à leur souci taxinomique. Et en même temps il  ouvre un espace à l’expérience de la force et de la cruauté des cris, des odeurs,  des couleurs d’une nature qui nous échappe. Il crée de la sollicitude et de l’admiration. Mais au delà du désir d’apprendre et de comprendre, il éveille la nostalgie de la puissance naturelle d’un désir plus brutal de seulement prendre. »

Klara BECK